George Morland

1763-1804 English

George Morland

Scènes rustiques texture hollandaise

George Morland était un peintre anglais. Ses premières œuvres furent influencées par Francis Wheatley, mais après les années 1790, il développa son propre style. Ses meilleures compositions se concentrent sur des scènes rustiques : fermes et chasse ; contrebandiers et gitans ; ainsi que des paysages riches et texturés inspirés de la peinture du siècle d'or néerlandais. George Morland est né à Londres le 26 juin 1763. Il était le fils de Henry Robert Morland et le petit-fils de George Henry Morland, dont Cunningham affirmait qu'il descendait en ligne directe de Sir Samuel Morland, tandis que d'autres biographes vont jusqu'à dire qu'il lui aurait suffi de réclamer le titre de baronnet pour l'obtenir. Morland commença à dessiner à l'âge de trois ans et, à dix ans (1773), son nom figura comme exposant honoraire de dessins à la Royal Academy. Il continua à exposer à la Free Society en 1775 et 1776, puis à la Society of Artists en 1777, avant de revenir à la Royal Academy en 1778, 1779 et 1780. Ses talents furent soigneusement cultivés par son père, qui fut accusé de les stimuler outre mesure dans un but lucratif personnel, enfermant l'enfant dans un grenier pour y exécuter des dessins d'après des tableaux et des moulages, qu'il écoulait facilement. Le garçon, en revanche, aurait rapidement trouvé le moyen de gagner lui-même de l'argent en dissimulant certains de ses dessins et en les descendant à la tombée de la nuit par sa fenêtre à de jeunes complices, avec lesquels il dépensait le produit de ce commerce en frasques et plaisirs personnels. Il a également été affirmé que son père, ayant découvert cette ruse, tenta de se le concilier par l'indulgence, cédant à ses caprices et encourageant ses goûts vulgaires. Son père l’employa à copier des tableaux de toutes sortes, mais surtout ceux des maîtres hollandais et flamands. Il copia entre autres Le Cauchemar de Füssli et Garrick entre la Tragédie et la Comédie de Reynolds. Il fut également présenté à Sir Joshua Reynolds et obtint l’autorisation de copier ses œuvres ; tous les témoignages s’accordent à dire qu’avant même d’avoir dix-sept ans, il jouissait déjà d’une réputation considérable non seulement auprès de ses amis et des marchands d’art, mais aussi parmi les artistes renommés. Une preuve convaincante de la maîtrise en composition originale qu’il avait alors atteinte est la belle gravure réalisée par William Ward d’après son tableau Le Repas du pêcheur, publiée en novembre 1780 par John Raphael Smith. On raconte qu’avant même la fin de son apprentissage chez son père, en 1784, Romney lui proposa de l’accueillir chez lui moyennant un salaire annuel de 300 livres sterling, à condition qu’il signe un engagement pour trois ans. Mais Morland, dit-on, était las de toute contrainte, et après une rupture avec son père, il s’installa à son propre compte en 1784 ou 1785 dans la maison d’un marchand de tableaux, entamant ainsi une existence où se mêlaient travail acharné et beuveries excessives, une vie presque sans équivalent. Morland devint bientôt le simple esclave du marchand avec qui il vivait. Ses compagnons de débauche étaient des « palefreniers, garçons de comptoir, maquignons, usuriers, prêteurs sur gages, dandys et boxeurs ». Dans cette compagnie, le beau jeune artiste se pavanait, vêtu d'un habit vert à gros boutons jaunes, d'une culotte en cuir et de bottes hautes. « Il était au comble de la fatuité », dit Hassell ; « sa tête, lorsqu'elle était coiffée selon son goût, ressemblait à une boule de neige, d'après le modèle de Tippey Bob, célèbre au théâtre, à laquelle était attachée une queue courte et épaisse, non sans rappeler un pinceau de peintre. » Sa jeunesse et sa robuste constitution lui permettaient de se remettre rapidement de ses excès, et non seulement il mettait à profit les intervalles pour peindre, mais c'est aussi à cette époque, ou peu après, qu'il apprit seul à jouer du violon. Il fit également un effort, couronné de succès, pour s'affranchir de son tyran et s'enfuit à Margate, où il peignit des miniatures pendant un temps. En 1785, il fit un court séjour en France, où sa renommée l'avait précédé et où les commandes ne manquaient pas. De retour à Londres, il s'installa dans une maison à Kensal Green, sur la route de Harrow, près de William Ward ; ses relations avec la famille de ce dernier semblent avoir exercé sur lui, pendant un temps, une influence stabilisatrice. Cela aboutit à son mariage avec Mlle Anne Ward (Nancy), la sœur de son ami, en juillet 1786, et le lien entre les deux familles fut renforcé un mois plus tard par le mariage de William Ward avec Maria, la sœur de Morland. Les deux jeunes couples mariés s'installèrent ensemble dans High Street, à Marylebone, et Morland sembla pendant un certain temps être devenu un homme rangé. Il commençait alors à se faire connaître grâce aux gravures tirées de ses tableaux, telles que la grande œuvre « Enfants cueillant des noisettes » (1783), ainsi que plusieurs sujets plus petits et plus sentimentaux publiés en 1785, comme « La Jeune Fille de Livingston ». C'est à l'année 1786, année de son mariage, qu'appartiendrait la série « Letitia ou la Séduction » (bien connue par les gravures publiées en 1789), dans laquelle, avec une grande part du pouvoir narratif de Hogarth mais avec des touches plus douces, le « Progrès » de Letitia est raconté en six scènes admirables par leur composition, et peintes avec beaucoup d'habileté, de fini et de raffinement. Vers cette époque, il aimait visiter l'île de Wight, où il peignit ses meilleures scènes côtières, et étudiait la vie et les caractères dans un modeste cabaret de Freshwater Gate, appelé le Cabin. En 1786, il peignit Le Naufrage du Haswell, une huile sur toile. L'œuvre montre des femmes et des enfants s'accrochant aux quelques vestiges du navire qui flottent encore, tandis que le regard d'un membre d'équipage révèle le sort funeste de son corps à moitié submergé. Elle exprime clairement la terreur et le désespoir qui doivent étreindre ceux qui savent qu'ils rendent leur dernier soupir. Au bout de trois mois, la double maisonnée fut dissoute par des dissensions entre les dames, et Morland prit un logement dans Great Portland Street, puis déménagea à Camden Town, où il vécut dans une petite maison de Pleasing Passage, située derrière la taverne connue sous le nom de Mother Black Cap. L’attrait des auberges voisines et des Assembly Rooms de Kentish Town se révéla alors trop fort pour lui, et il retomba dans toutes ses mauvaises habitudes. La longue maladie de sa femme, consécutive à son accouchement et à la mort de leur enfant, affaiblit encore l’influence du foyer ; il négligea son épouse et finit par la quitter, bien qu’il semble lui avoir versé une pension jusqu’à la fin de ses jours. Il est difficile de déterminer avec précision la date de leur séparation définitive, et son parcours ultérieur fut si erratique qu’il est malaisé d’en retracer le fil avec minutie et ordre. Il quitta Pleasing Passage pour Warrens Lane, et paraît avoir établi pendant quelque temps son quartier général à Paddington. C’est probablement là qu’il peignit le célèbre tableau « L’Intérieur d’une écurie », aujourd’hui conservé à la National Gallery, qui fut exposé à la Royal Academy en 1791. L’écurie représentée serait celle du White Lion Inn à Paddington, situé juste en face de son domicile. À cette époque, il était au sommet de son art, et la dissipation n’avait altéré ni la sûreté de sa touche, ni son sens exceptionnel de la couleur, ni la finesse de sa sensibilité artistique. Il exposa de nouveau en 1793 et 1794, mais bien qu'il peignît toujours avec talent, il était devenu la proie des marchands, peignant pour ainsi dire au jour le jour afin de se procurer les fonds nécessaires à ses extravagances. Son art était si populaire que, malgré le prix relativement modique qu'il recevait effectivement pour son travail, il aurait pu facilement vivre une semaine sur les gains d'une seule journée. Il était assiégé par des marchands qui venaient à lui, dit-on, une bourse dans une main et une bouteille dans l'autre. La quantité de travail qu'il accomplissait était prodigieuse. Il peignait un ou deux tableaux par jour, et exécuta une fois un grand paysage avec six personnages en l'espace de six heures. Toute demande qui lui était faite, qu'il s'agît d'une note de taverne ou du renouvellement d'un billet, était réglée par un tableau. Et c'étaient de bons tableaux aussi, valant généralement plusieurs fois le montant de la facture à acquitter, et toujours très appréciés sous forme de gravures. Carrière De 1788 à 1792 inclus, plus d'une centaine de gravures d'après Morland ont été publiées. Elles comprenaient « Une visite à l'enfant à la maison » et « Une visite au pensionnat », deux compositions d'un raffinement et d'une élégance remarquables, ainsi qu'un certain nombre de charmantes scènes de jeux d'enfants, telles que « Enfants dénichant des oiseaux », « Navigation enfantine », « Le Cerf-volant empêtré », « Colin-maillard » et « Enfants jouant aux soldats ». Égalant, voire surpassant ces œuvres en popularité, on trouvait des scènes de contraste moral, comme « Les Fruits de l'industrie et de l'économie précoces » (1789) et « Les Effets de l'extravagance et de l'oisiveté » (1794), « Les Misères de l'oisiveté » et « Les Conforts de l'industrie », toutes deux publiées en 1790, ainsi que des sujets faisant appel au sentiment national, tels que « La Traite des esclaves » (1791) et « L'Hospitalité africaine ». Cinq cents exemplaires de la gravure « Chiens dansants » (1790) furent vendus en quelques semaines, et un marchand passa commande de neuf douzaines de séries des quatre planches du « Déserteur » (1791). Les sujets élégants et raffinés cédèrent progressivement la place exclusivement à des scènes de la vie humble des villes et des campagnes, incluant le littoral avec pêcheurs et contrebandiers, des scènes de chasse, mais plus fréquemment encore, d'une manière simple mais rarement grossière, la vie du cottage, de l'écurie et de la cour d'auberge, avec des groupes animés d'hommes et de femmes naturels, et des chevaux, ânes, chiens, cochons, volailles et autres animaux encore plus naturels. Environ 250 gravures séparées d'après ses œuvres parurent de son vivant. Bien que les éditeurs aient tiré profit de leurs ventes importantes, le crédit et les ressources de Morland lui permirent pendant quelques années de mener la vie de bohème qu'il affectionnait sans trop de soucis. À une époque, il entretenait huit chevaux de selle au White Lion. Avec le temps, ses dettes s'accumulèrent et ses créanciers se firent plus pressants ; il vécut alors traqué, ne parvenant à échapper aux huissiers que grâce à sa connaissance de Londres et à l'aide d'amis et de marchands. Il déménagea fréquemment, résidant notamment à Lambeth, East Sheen, Queen Anne Street, Minories, Kensington et Hackney. À Hackney, sa réclusion éveilla les soupçons de faux-monnayeur, et son domicile fut perquisitionné sur ordre des directeurs de la banque, qui lui offrirent ensuite un dédommagement de 40 livres pour le désagrément causé par leur erreur. Les marchands d’art et les aubergistes lui préparaient également des chambres équipées du matériel nécessaire pour qu’il puisse y peindre, et il y avait généralement un marchand à proximité, prêt à emporter ses tableaux avant même qu’ils ne soient secs, souvent avant qu’ils ne soient terminés. Morland n’était cependant guère plus scrupuleux dans ses transactions que les marchands eux-mêmes, et un tableau commencé sous contrat avec l’un d’eux pouvait être cédé à un autre acheteur muni d’argent comptant, si le propriétaire légitime n’était pas présent pour le réclamer. C’est ainsi qu’un certain nombre de tableaux commencés par Morland mais achevés par des mains moins habiles se retrouvèrent sur le marché, tandis que des centaines de copies étaient vendues comme des originaux. « J’ai vu une fois », raconte Hassell, « douze copies d’un petit tableau de Morland exposées simultanément dans la boutique d’un marchand, avec l’original au centre. » Un autre marchand (selon Redgrave), chez qui Morland peignit chaque matin sous contrat pendant plusieurs années (à partir d’environ 1794), faisait régulièrement copier le travail réalisé chaque matin. Parfois, Morland parvenait à échapper à la fois aux marchands et aux huissiers. Il rendit un jour visite à Claude Lorraine Smith dans le Leicestershire. Il fut arrêté comme espion à Yarmouth. Il peignit également l’enseigne d’une auberge appelée le Black Bull, située quelque part sur la route entre Deal et Londres. En novembre 1799, Morland fut enfin arrêté pour dettes, mais on l'autorisa à loger « dans les limites autorisées », et ces logements devinrent le lieu de rendez-vous de ses amis les plus mal famés. Durant cette captivité adoucie, il sombra de plus en plus bas. On raconte qu'il restait souvent ivre pendant des jours entiers et qu'il dormait généralement à même le sol, dans un état de détresse totale. Il est probable que ces récits soient exagérés, car il continua de produire une quantité considérable d'œuvres de qualité. « Pour son frère seul », écrit Redgrave, « il peignit 192 tableaux entre 1800 et 1804, et il en peignit probablement tout autant pour d'autres marchands durant la même période, ses conditions étant de quatre guinées par jour plus l'alcool ». Un autre récit indique que « durant ses huit dernières années, il peignit 490 tableaux pour son frère, et probablement trois cents autres pour divers commandants, sans compter des centaines de dessins. Sa production totale est estimée à pas moins de quatre mille tableaux. En 1802, il fut libéré en vertu de la loi sur les débiteurs insolvables, mais sa santé était ruinée et ses habitudes devenues irrémédiables. Vers cette époque, il fut frappé de paralysie et perdit l'usage de sa main gauche, au point de ne plus pouvoir tenir sa palette. Malgré cela, il semble avoir continué à peindre jusqu'à la fin, avant d'être à nouveau arrêté pour une note d'aubergiste impayée, et mourut dans une maison d'arrêt pour dettes située Eyre Street, Cold Bath Fields, le 27 octobre 1804. Son épouse décéda trois jours plus tard, et tous deux furent inhumés ensemble dans le cimetière attenant à la chapelle Saint-James sur Hampstead Road.

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